Un monde de geek

      Podcast de la semaine – Critique de Avatar : The Last
Airbender

 


Le geek est devenu trop hype. A la limite, je me sens plus nerd… le nerd étant sociopathe, mégalomane, et toujours affublé de superbes lunettes
vintages ! Bien plus classe en fait
. Pamela Hute



A l’article où les médias télévisuels font
figure de diktat de mode, le terme de geek est lui-même devenu un étendard fashion qu’il fait bon de s’appliquer à soi même, sans même avoir réfléchi

 aux fondements étymologiques ou à défaut, simplement logiques, de son utilisation. Et lorsque l’on retenait du reportage Suck my geek, qu’il existait autant de définition du geek que de
personnes employant le terme, jamais l’on aura été aussi prêt de la simple constatation de faits omettant seulement au passage, qu’en vidant une notion de toute sa substance, celle-ci avait
autant d’intérêt que de se frotter l’intestin grêle avec une écharpe, si ce n’est celui de servir d’éminent mouvement revendicateur, à ceux pour qui l’utilisation de notre bon vieux lexique
franchouillard demeure l’énigme la plus complexe après le succès du premier
Twilight
.

Devenu un véritable phénomène de mode, le geek était pour certains à l’origine un autre
phénomène, celui des side-shows nord américain du 19
ème siècle, où l’on présentait gaiement des monstres de foire, aux handicaps et autres déformations physiques du plus bel
effet. Pour d’autres, tel l’Oxford American Dictionary, le terme trouverait ses fondamentaux dans le moyen haut-allemand via le terme de Geck (« Fou ») ou encore du néerlandais
Gek (« Quelque chose de fou »). 

Il aura fallu dès lors attendre les années 1960 avec le développement notamment du
matériel informatique, pour associer le geek à un féru de sciences et de technologie sur moniteur, qui du fait de son isolement, se réfugiait constamment dans des mondes imaginaires. Celui que
personne ne voulait approcher. Celui qui vivait à travers ses livres, et univers étranges qu’il aimait à parcourir par la seule force de son
esprit. 

Rapidement, le terme s’est étendu pour dépasser la passion du binaire, afin d’avoir
attrait à d’autres domaines supposés en marge de la culture mainstream, de la science-fiction aux jeux
de rôle, en passant par la bande dessinée américaine, japonaise ou encore le fantastique. 

S’éloignant de plus en plus de ses radicaux, le petit Larousse 2010 retiendra même désormais que le geek est une personne passionnée par les technologies de l’information et de la communication, en
particulier par Internet.

A ce stade, en omettant la très peu inspirée définition de nos amis des éditions
Larousse, force est de constater que le centre-mère de la notion même de geek réside dans sa différence avec la tendance principale (Que d’aucun aura hâtivement étiquetée de normale),
la culture mainstream, celle populaire, par opposition à l’underground, souvent proche de la régression sociale et de la pathologie.
 

Et pourtant, en tenant compte de cette évidence, on omet souvent trop facilement
l’essentialité d’une banalité appelant à l’évidence : Le monde et les mœurs évoluent, amenant à sans cesse devoir réévaluer le référentiel du grand courant culturel. Par pure besoin entraîné par
notre propre évolution, les centres d’intérêt d’il y a vingt ans ne sont nécessairement pas les mêmes qu’aujourd’hui. Cyprien n’a qu’à bien se tenir. 

Ce qui définissait le geek comme un  névrosé solitaire monomaniaque sans rapport avec le monde réel, à la limite du cas d’école du syndrome de Peter Pan, est aujourd’hui reclassé dans la sémantique ô combien
ridicule du « nerd », sorte de revival d’une ancienne et obscure notion de geek que l’on voudrait moderniser à tout prix, par manque
hallucinant de sémantique au sein d’une action qui formule à elle seule le désir, humain, de s’identifier soi même, dans une course aux étiquettes coincée dans un mouvement perpétuel de
rapprochement/répulsion. 

Comme beaucoup d’autre, il semble nécessaire d’avancer l’hypothèse, que le geek tel qu’on
aimerait le définir aujourd’hui n’existe pas.

Après tout, il semble bien difficile de soutenir le tout et son contraire pour un même
terme, dans un espace actualisé où le geek est devenu sa propre Némésis de principe : Un individu ouvert
d’esprit, adepte des conventions et des contacts,

aux élans de curiosité et de découverte fondateurs de sa
personnalité.

Alors, à l’heure où les univers fictionnels anciennement bannis du langage se retrouvent
désormais solidement enracinés dans la culture mainstream ; A l’heure où Avatar et Batman : The Dark
Knight
défraient la chronique et où l’impact économique de l’industrie vidéoludique montre ses fesses au septième art et à la musique réunis, le geek s’affiche comme une nouvelle génération ô
combien représentée désormais, et avant tout ancré dans son époque. Ni plus, ni moins. 

On pourrait alors se demander, si le geek devrait devenir le passionné d’un certain
nombre de plans culturels soigneusement listés sans aucun autre intérêt que de s’insérer dans un tiroir de l’armoire sociétale, ou encore si l’early adopter, le roliste, le cinéphile et le gamer auraient réellement besoin d’une notion générique et
fourre-tout.
 

Finalement, le geek ne serait-il pas devenu, jouissant dans l’ironie de la situation, le
terme souche d’un mercantilisme ultra-abusif, prenant un public qui le lui rend pourtant souvent bien, pour du bétail amassé à la volée et fana de produits hypes, au budget accordé à leur
promotion profondément terrifiant.

Sans être aussi extrême, il faut au moins constater que ces anciens produits culturels
d’une minorité silencieuse passée à tabac par les médias et la majorité dominante sont devenus des évènements populaires désormais multi-référencés, fondateurs d’une nouvelle forme
d’Entertainment inaliénable de nos sociétés actuelles. 

Ce terme de geek, utilisé pour désigner ce qu’on ne comprenait pas, est dès lors devenu
une coquille vide colossale abandonné aux joies de la commercialité. 

Mais les étiquettes collent, et nombreuses sont les joutes enflammées entre ceux pour qui
la notion (péjorative) de geek et de nerd se confondent pour ne faire qu’une, et ceux, d’origine
frustrés, pour qui être geek est une fierté, revendiquant leur curiosité, leur différence hautement fictive et datée, leur intensité dans l’émotion et leur capacité d’émerveillement d’enfant
qu’il prône vouloir demeurer.

Mais ici, rien de tout ça. Seulement des générations en face les unes des autres,
incluant la génération émergeante, curieuse. 

Le geek n’existe définitivement plus, il demeure désormais juste un ensemble d’individus
qui représenteront à moyen terme si ce n’est déjà fait à en juger par les grands secteurs économiques actuels, les monsieur et madame tout le monde vivant dans mais aussi en dehors d’un système
institutionnel ultra balisé, triant le bon grain de l’ivraie, sautant sur les planches de leur enclot et souhaitant s’écarter d’un carcan imposé. 

Personne n’est geek, ni vous, ni moi. Juste des passionnés, à la curiosité sans limite, et dont l’univers
n’est pas réductible au sein d’une liste ou d’un terme institutionnalisé.


S
trip de la
semain
e – Un peu too much